Chez nous, le sol s'est tout nivelé de blanc . En recouvrant toutes les aspérités, les flocons s'amoncellent en tapis moelleux, ronronnant sous nos pas lents et prudents mais jouisseurs d'être les premiers à fouler une virginité retrouvée ...
Dans Gaza, les gravats recouvrent les tâches de sang des enfants tombés sous les bombes, le rouge de leur sang inonde ma conscience, le viol collectif s'opère sous mes yeux médusés, que je veux garder ouverts pour que mon regard épuise le toupet de ceux qui osent le perpétrer !
La blancheur de ma neige ne pourra effacer le rouge de leur sang, la vigilance d'un état qui prétend défendre son peuple en assassinant ses voisins, qu'il a au préalable affamé, confiné, ternit mon idéal de l'homme ...
Cet homme capable de jouer la musique émouvante de ces flocons silencieux qui résonnent de blancheur, éclaboussant de joie des enfants faiseurs de bonhommes, glissant leur âme dans le froid de l'hiver sur les pentes enneigées, riant de tout l'éclat d'une lumière sublime qui s'élève de la terre, cet homme peut-il être aussi le tortionnaire que je vois ?
Je sais comme me le soufflait Baudelaire : qu' « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers dieu, l'autre vers satan ... L'invocation vers dieu ou spiritualité est un désir de monter en grade, celle de satan ou animalité est une joie de descendre ... » L'homme ne peut-il une fois pour toutes, se séparer de ces dieux tueurs des hommes, pour s'accepter enfin en tant qu'être humain, semblable à tous entre tous ?