• Quand les mots de Obama rejoignent ma pensée ...

    Chers Compatriotes

    Je suis ici devant vous aujourd'hui empli d'un sentiment d'humilité face à la tâche qui nous attend, reconnaissant pour la confiance que vous m'avez témoignée et conscient des sacrifices consentis par nos ancêtres.

    Je remercie le président Bush pour ses services rendus à la nation ainsi que pour la générosité et la coopération dont il a fait preuve tout au long de cette passation de pouvoirs.

    Quarante-quatre Américains ont maintenant prêté le serment présidentiel. Ils l'ont fait alors que gonflait la houle de la prospérité sur les eaux calmes de la paix. Mais il arrive de temps à autre que ce serment soit prononcé alors que s'accumulent les nuages et que gronde la tempête.

    Dans ces moments, l'Amérique a gardé le cap, non seulement en raison de l'habileté ou de la vision de ses dirigeants, mais aussi parce que Nous le Peuple, sommes demeurés fidèles aux idéaux de nos ancêtres et à notre constitution.
    Ainsi en a-t-il toujours été. Ainsi doit-il en être pour la présente génération d'Américains.

    Nul n'ignore que nous sommes au beau milieu d'une crise. Notre nation est en guerre contre un vaste réseau de violence et de haine. Notre économie est gravement affaiblie, conséquence de la cupidité et de l'irresponsabilité de certains, mais aussi de notre échec collectif à faire des choix difficiles et à préparer la nation à une nouvelle ère. Des gens ont perdu leur maison ou leur emploi, des entreprises ont dû fermer leurs portes. Notre système de santé coûte trop cher. Nos écoles laissent tomber trop d'enfants et chaque jour apporte de nouvelles preuves que la façon dont nous utilisons l'énergie renforce nos adversaires et menace notre planète.

    Ce sont les signes de la crise en termes statistiques. Mais, si elle n'est pas aussi tangible, la perte de confiance dans tout le pays n'en est pas moins profonde, nourrie de la crainte tenace que le déclin de l'Amérique soit inévitable et que la prochaine génération doive diminuer ses ambitions.

    Je vous dis aujourd'hui que les défis auxquels nous faisons face sont réels. Ils sont importants et nombreux. Nous ne pourrons les relever facilement ni rapidement. Mais, sache le, Amérique, nous le relèverons.

    En ce jour, nous sommes réunis car nous avons préféré l'espoir à la peur, la volonté d'agir en commun au conflit et à la discorde.
    En ce jour nous proclamons la fin des doléances mesquines et des fausses promesses, des récriminations et des dogmes éculés qui ont pendant trop longtemps étouffé notre vie politique.

    Nous demeurons une jeune nation. Mais pour reprendre les mots de la Bible, le temps est venu de se défaire des enfantillages. Le temps est venu de réaffirmer la force de notre caractère, de choisir la meilleure part de notre histoire, de porter ce précieux don, cette noble idée transmise de génération en génération: la promesse de Dieu que nous sommes tous égaux, tous libres et que nous méritons tous la chance de prétendre à une pleine mesure de bonheur.

    Nous réaffirmons la grandeur de notre nation en sachant que la grandeur n'est jamais donnée mais se mérite. Dans notre périple nous n'avons jamais emprunté de raccourcis et ne nous sommes jamais contentés de peu. Cela n'a jamais été un parcours pour les craintifs, ceux qui préfèrent les loisirs au travail ou ne recherchent que la richesse ou la célébrité.

    Au contraire, ce sont plutôt ceux qui ont pris des risques, qui ont agi et réalisé des choses - certains connus, mais le plus souvent des hommes et des femmes anonymes - qui nous ont permis de gravir le long et rude chemin vers la prospérité et la liberté.

    Pour nous, ils ont rassemblé leurs maigres possessions et traversé des océans en quête d'une vie nouvelle.
    Pour nous, ils ont trimé dans des ateliers de misère et colonisé l'Ouest. Ils ont connu la morsure du fouet et la dureté du labeur de la terre.

    Pour nous, ils se sont battus et sont morts dans des lieux comme Concord et Gettysburg, en Normandie ou à Khe-Sanh.

    A maintes reprises ces hommes et ces femmes se sont battus, se sont sacrifiés, ont travaillé à s'en user les mains afin que nous puissions mener une vie meilleure. Ils voyaient en l'Amérique quelque chose de plus grand que la somme de leurs ambitions personnelles, que toutes les différences dues à la naissance, la richesse ou l'appartenance à une faction.

    C'est la voie que nous poursuivons aujourd'hui. Nous demeurons la nation la plus prospère, la plus puissante de la Terre. Nos travailleurs ne sont pas moins productifs qu'au début de la crise. Nos esprits ne sont pas moins inventifs, nos biens et services pas moins demandés que la semaine dernière, le mois dernier ou l'an dernier. Nos capacités demeurent intactes. Mais il est bien fini le temps de l'immobilisme, de la protection d'intérêts étroits et du report des décisions désagréables.

    A partir d'aujourd'hui, nous devons nous relever, nous épousseter et reprendre la tâche de la refondation de l'Amérique.
    Où que nous regardions, il y a du travail. L'état de l'économie réclame des gestes audacieux et rapides. Et nous agirons - non seulement pour créer de nouveaux emplois mais pour jeter les fondations d'une nouvelle croissance. Nous allons construire les routes et les ponts, les réseaux électriques et numériques qui alimentent notre commerce et nous unissent.

    Nous redonnerons à la science la place qu'elle mérite et utiliserons les merveilles de la technologie pour accroître la qualité des soins de santé et diminuer leur coût.

    Nous dompterons le soleil, le vent et le sol pour faire avancer nos automobiles et tourner nos usines. Nous transformerons nos écoles et nos universités pour répondre aux exigences d'une ère nouvelle. Nous pouvons faire tout cela et nous le ferons.

    Cela dit, il y a des gens pour s'interroger sur l'ampleur de nos ambitions, et suggérer que notre système n'est pas capable de faire face à trop de grands projets à la fois. Ils ont la mémoire courte. Ils ont oublié ce que ce pays a déjà accompli, ce que des hommes et des femmes libres peuvent réaliser quand l'imagination sert un objectif commun et que le courage s'allie à la nécessité.

    Ce que les cyniques ne peuvent pas comprendre, c'est que le sol s'est dérobé sous leurs pieds et que les arguments politiques rancis auxquels nous avons eu droit depuis si longtemps, ne valent plus rien. La question aujourd'hui n'est pas de savoir si notre gouvernement est trop gros ou trop petit, mais s'il fonctionne - s'il aide les familles à trouver des emplois avec un salaire décent, à accéder à des soins qu'ils peuvent se permettre et à une retraite digne. Là où la réponse à cette question est oui, nous continuerons. Là où la réponse est non, nous mettrons un terme à des programmes.

    Et ceux d'entre nous qui gèrent les deniers publics seront tenus de dépenser avec sagesse, de changer les mauvaises habitudes, de gérer en pleine lumière - c'est seulement ainsi que nous pourrons restaurer l'indispensable confiance entre un peuple et son gouvernement.

    La question n'est pas non plus de savoir si le marché est une force du bien ou du mal. Sa capacité à générer de la richesse et à étendre la liberté est sans égale. Mais cette crise nous a rappelé que sans surveillance, le marché peut devenir incontrôlable, et qu'une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les plus nantis. Le succès de notre économie n'est pas uniquement fonction de la taille de notre produit intérieur brut. Il dépend aussi de l'étendue de notre prospérité, de notre capacité à donner une chance à ceux qui le veulent - non par charité mais parce que c'est la meilleure voie vers le bien commun.

    En ce qui concerne notre défense à tous, nous rejetons l'idée qu'il faille faire un choix entre notre sécurité et nos idéaux. Nos Pères fondateurs, face à des périls que nous ne pouvons que difficilement imaginer, ont mis au point une charte pour assurer la prééminence de la loi et les droits de l'Homme, une charte prolongée par le sang de générations. Ces idéaux éclairent toujours le monde, et nous ne les abandonnerons pas par commodité.

    A tous les peuples et les gouvernants qui nous regardent aujourd'hui, depuis les plus grandes capitales jusqu'au petit village où mon père est né (au Kenya, ndlr): sachez que l'Amérique est l'amie de chaque pays et de chaque homme, femme et enfant qui recherche un avenir de paix et de dignité, et que nous sommes prêts à nouveau à jouer notre rôle dirigeant.

    Rappelez-vous que les précédentes générations ont fait face au fascisme et au communisme pas seulement avec des missiles et des chars, mais avec des alliances solides et des convictions durables. Elles ont compris que notre puissance ne suffit pas à elle seule à nous protéger et qu'elle ne nous permet pas d'agir à notre guise. Au lieu de cela, elles ont compris que notre puissance croît lorsqu'on en use prudemment, que notre sécurité découle de la justesse de notre cause, la force de notre exemple et des qualités modératrices de l'humilité et de la retenue.

    Nous sommes les gardiens de cet héritage. Une fois de plus guidés par ces principes, nous pouvons répondre à ces nouvelles menaces qui demandent un effort encore plus grand, une coopération et une compréhension plus grande entre les pays.

    Nous allons commencer à laisser l'Irak à son peuple de façon responsable et forger une paix durement gagnée en Afghanistan. Avec de vieux amis et d'anciens ennemis, nous allons travailler inlassablement pour réduire la menace nucléaire et faire reculer le spectre du réchauffement de la planète.

    Nous n'allons pas nous excuser pour notre façon de vivre, ni hésiter à la défendre, et pour ceux qui veulent faire avancer leurs objectifs en créant la terreur et en massacrant des innocents, nous vous disons maintenant que notre résolution est plus forte et ne peut pas être brisée; vous ne pouvez pas nous survivre et nous vous vaincrons.

    Nous savons que notre héritage multiple est une force, pas une faiblesse. Nous sommes un pays de chrétiens et de musulmans, de juifs et d'hindous, et d'athées. Nous avons été formés par chaque langue et civilisation, venues de tous les coins de la Terre. Et parce que nous avons goûté à l'amertume d'une guerre de Sécession et de la ségrégation (raciale), et émergé de ce chapitre plus forts et plus unis, nous ne pouvons pas nous empêcher de croire que les vieilles haines vont un jour disparaître, que les frontières tribales vont se dissoudre, que pendant que le monde devient plus petit, notre humanité commune doit se révéler, et que les Etats-Unis doivent jouer leur rôle en donnant l'élan d'une nouvelle ère de paix.

    Au monde musulman: nous voulons trouver une nouvelle approche, fondée sur l'intérêt et le respect mutuels. A ceux parmi les dirigeants du monde qui cherchent à semer la guerre, ou faire reposer la faute des maux de leur société sur l'Occident, sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous pouvez construire, pas détruire.

    A ceux qui s'accrochent au pouvoir par la corruption et la fraude, et en bâillonnant les opinions dissidentes, sachez que vous êtes du mauvais côté de l'histoire, mais que nous vous tendrons la main si vous êtes prêts à desserrer votre étau.

    Aux habitants des pays pauvres, nous promettons de travailler à vos côtés pour faire en sorte que vos fermes prospèrent et que l'eau potable coule, de nourrir les corps affamés et les esprits voraces.

    Et à ces pays qui comme le nôtre bénéficient d'une relative abondance, nous disons que nous ne pouvons plus nous permettre d'être indifférents aux souffrances à l'extérieur de nos frontières, ni consommer les ressources planétaires sans nous soucier des conséquences.
    En effet, le monde a changé et nous devons évoluer avec lui.
    Lorsque nous regardons le chemin à parcourir, nous nous rappelons avec une humble gratitude ces braves Américains qui, à cette heure précise, patrouillent dans des déserts reculés et des montagnes éloignées. Ils ont quelque chose à nous dire aujourd'hui, tout comme les héros qui reposent (au cimetière national) à Arlington nous murmurent à travers les âges.

    Nous les honorons non seulement parce qu'ils sont les gardiens de notre liberté, mais parce qu'ils incarnent l'esprit de service, une disponibilité à trouver une signification dans quelque chose qui est plus grand qu'eux. Et à ce moment, ce moment qui définira une génération, c'est précisément leur esprit qui doit tous nous habiter.

    Quoi qu'un gouvernement puisse et doive faire, c'est en définitive de la foi et la détermination des Américains que ce pays dépend. C'est la bonté d'accueillir un inconnu lorsque cèdent les digues, le désintéressement d'ouvriers qui préfèrent travailler moins que de voir un ami perdre son emploi, qui nous permet de traverser nos heures les plus sombres.

    C'est le courage d'un pompier prêt à remonter une cage d'escalier enfumée, mais aussi la disponibilité d'un parent à nourrir un enfant, qui décide en définitive de notre destin.

    Les défis face à nous sont peut-être nouveaux. Les outils avec lesquels nous les affrontons sont peut-être nouveaux. Mais les valeurs dont notre succès dépend, le travail, l'honnêteté, le courage et le respect des règles, la tolérance et la curiosité, la loyauté et le patriotisme, sont anciennes. Elles sont vraies. Elles ont été la force tranquille du progrès qui a sous-tendu notre histoire. Ce qui est requis, c'est un retour à ces vérités. Ce qui nous est demandé maintenant, c'est une nouvelle ère de responsabilité, une reconnaissance, de la part de chaque Américain, que nous avons des devoirs envers notre pays et le monde, des devoirs que nous n'acceptons pas à contrec½ur mais saisissons avec joie, avec la certitude qu'il n'y a rien de plus satisfaisant pour l'esprit et qui définisse notre caractère, que de nous donner tout entier à une tâche difficile.

    C'est le prix, et la promesse, de la citoyenneté.

    C'est la source de notre confiance, savoir que Dieu nous appelle pour forger un destin incertain.

    C'est la signification de notre liberté et de notre credo, c'est la raison pour laquelle des hommes, des femmes et des enfants de toutes les races et de toutes les croyances peuvent se réjouir ensemble sur cette magnifique esplanade, et pour laquelle un homme dont le père, il y a moins de 60 ans, n'aurait peut-être pas pu être servi dans un restaurant de quartier, peut maintenant se tenir devant vous pour prêter le serment le plus sacré.

    Donc marquons ce jour du souvenir, de ce que nous sommes et de la distance que nous avons parcourue. Aux temps de la naissance des Etats-Unis, dans les mois les plus froids, un petit groupe de patriotes s'est blotti autour de feux de camp mourants, au bord d'une rivière glacée. La capitale fut abandonnée. L'ennemi progressait. La neige était tachée de sang. Au moment où l'issue de notre révolution était la plus incertaine, le père de notre nation a donné l'ordre que ces mots soient lus:
    "Qu'il soit dit au monde du futur, qu'au milieu de l'hiver, quand seul l'espoir et la vertu pouvaient survivre, que la ville et le pays, face à un danger commun, (y) ont répondu".

    O Etats-Unis. Face à nos dangers communs, dans cet hiver de difficultés, rappelons-nous ces mots éternels. Avec espoir et courage, bravons une fois de plus les courants glacés, et supportons les tempêtes qui peuvent arriver. Qu'il soit dit aux enfants de nos enfants que lorsque nous avons été mis à l'épreuve, nous avons refusé de voir ce parcours s'arrêter, nous n'avons pas tourné le dos ni faibli. Et avec les yeux fixés sur l'horizon et la grâce de Dieu, nous avons continué à porter ce formidable cadeau de la liberté et l'avons donné aux générations futures."
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  • Commentaires

    1
    esperance
    Mercredi 21 Janvier 2009 à 18:11
    les grands esprits se rencontrent on a publié le meme texte

    l avenir est en marche en espérant que personne ne l empêchera de réaliser tout ce qui'l veut faire

    go go Obama
    2
    Mercredi 21 Janvier 2009 à 18:44
    et tous ces gens Espérance pour le soutenir ... Il faut qu'il réussisse !
    3
    Yog
    Mercredi 21 Janvier 2009 à 22:06
    Je voudrais bien y croire mais j'entends aussi cela....

    Seule une frugalité drastique pourrait encore nous sauver...

    On l’appelle « le poète qui accompagna Cousteau ». À la fois philosophe et scientifique, il a écrit des dizaines de livres merveilleux sur ses voyages dans les plus beaux pays. Mais sa dernière œuvre - "L’humanité disparaîtra, bon débarras !" éd. Arthaud - s’ouvre soudain à la tragédie : c’est le livre noir de la planète ! Si rien ne va plus pour ce sage, où allons-nous ? Pour lui, la seule solution serait radicalement... frugale.

    Nouvelles Clés : On vous connaît comme « le poète qui accompagna Cousteau », mais votre dernier livre n’est pas poétique du tout. Ou alors c’est de la poésie tragique : le livre noir de la planète !

    Yves Paccalet : J’essaie toujours d’équilibrer. D’un côté j’écris des livres de ballades parmi les belles choses du monde. De l’autre, malheureusement, quand on va se promener sur notre planète, on est consterné...

    N. C. : Vous n’y allez pas mollo : selon vous l’humain est et sera toujours sexiste, raciste, prédateur, boulimique... Edgar Morin parle d’un Homo demens, vous dites carrément : l’humain est un salopard, au sens sartrien : il sait qu’il fait le mal et le fait quand même.

    Y. P. : La base de ma réflexion et de mon désespoir - même si l’on essaie toujours de « positiver » pour reprendre un mot à la mode -, c’est quand même la constatation que les grands idéaux (je fais partie de la génération de mai 68, j’étais dans la rue avec ceux qui voulaient changer le monde), les visions généreuses développées depuis des siècles, sur l’égalité, la fraternité, etc, eh bien que tout cela ne fonctionne jamais. On se demande toujours : « Mais pourquoi ? » J’ai essayé d’y réfléchir, puisque ma formation première est la philosophie - la seconde étant scientifique. Pourquoi les côtés positifs de l’humain n’arrivent jamais à triompher ? Pourquoi après avoir cru au progrès arrive-t-on au nazisme, au stalinisme ou à l’intégrisme ? Mon explication est grosso modo la suivante : l’humain est un animal qui répond à des pulsions de base, dont les trois principales sont le sexe, le territoire et la hiérarchie. Le sexe est traité par beaucoup de spécialistes et je le leur ai laissé, me focalisant davantage sur les pulsions de territoire et de hiérarchie, dont la prégnance est tout aussi forte et insurpassable. Chaque animal veut son territoire, mais chez nous, ça prend des formes extrêmement variées : pour une entreprise, ce sont des parts de marché, pour un sportif, ses records, pour un écrivain ou un chanteur, sa place dans les charts, etc. Les nazis parlaient d’espace vital, mais tous les humains sont concernés. La pulsion hiérarchique nous pousse à monter en grade, au travail comme à l’armée. Nietzsche parle de la volonté de puissance. Ces pulsions animales alimentent chez l’humain des jouissances et des souffrances particulièrement intenses, que la connaissance des neurotransmetteurs commence à nous permettre de comprendre.

    À l’inverse, l’humain est le seul animal capable d’empathie, c’est-à-dire capable de se mettre à la place d’autrui et de se dire : « Cet autre pense que... » et « l’autre pense que je pense que... », etc. Il y a donc une notion de projection, qui vient s’ajouter à la capacité d’abstraction et de langage, qui ouvre la possibilité d’une prévision de l’avenir et d’une anticipation des réactions des autres. Cela peut servir à engranger des vivres avant l’hiver, mais aussi, et de plus en plus, à la course à la guerre et aux armements.

    Ce mélange de pulsions animales et de capacité à comprendre ce que veut l’autre et à se projeter dans l’abstrait débouche sur une perpétuelle guerre de l’homme contre l’homme. L’humain n’acceptera jamais le partage. Il a toujours peur que l’autre lui tende un piège. Il veut toujours posséder davantage. Il se sert de son aptitude à prévoir l’avenir pour essayer en permanence d’agrandir son territoire, de monter dans la hiérarchie... et ça n’en finit jamais. C’est pourquoi les idéaux de communisme, d’égalité sont proprement impraticables. Nous ne parviendrons jamais aux sociétés idéales que les grandes utopies nous promettent, notamment depuis le XVIII° siècle.

    N. C. : Dans son livre Mon manifeste pour la Terre (éd. du Relié), Gorbachev devenu écologiste sur le tard, dit n’avoir finalement rien trouvé d’autre que l’humour noir pour contrer son désespoir... L’une de ses histoires est celle d’une planète bien-portante qui rencontre une planète très malade : “ Qu’est-ce qui t’arrive, ma pauvre ? demande-t-elle. - Bah, lui dit l’autre, m’en parle pas, j’ai attrapé l’humanité. - Oh, rassure-toi, répond la première, j’ai eu cette infection moi aussi. Figure-toi, ma chère, que cette maladie part toute seule : elle se mange elle-même ! ”

    Y. P. : C’est exactement ça. Le XXI° siècle est à mon avis extrêmement dangereux, qui pourrait conduire l’humanité à sa fin. Telle qu’elle est partie, j’ai bien peur qu’elle ne passe pas ce siècle. D’abord parce que nous arrivons au bout des possibilités de la planète pour accueillir une espèce aussi proliférante, brutale, transformatrice, consommatrice (en énergie, en matière première, en eau, etc.) que la nôtre. Nous sommes au bout. Il n’y a pas moyen d’aller plus loin. Je suis né en 1945, dans un monde où vivaient quatre milliards d’habitants. Si je meurs à 80 ans, en 2025, il y en aura huit milliards. Dans ma seule petite existence, la population mondiale aura doublé, accroissant sans cesse sa consommation par tête d’habitant. Vu la capacité de l’homme à se détruire lui-même, démontrée sous toutes les latitudes dans des guerres plus barbares les unes que les autres, je ne vois pas pourquoi les futures pénuries, surtout en eau potable et en pétrole, ne vont pas conduire à des guerres mondiales de plus en plus graves. Depuis la fin de l’URSS, on a un peu oublié le spectre de la guerre nucléaire, que l’on avait frôlée d’un cheveu en 1962, on le sait aujourd’hui, au moment de la crise de Cuba. Je pense qu’avec la prolifération qui s’amplifie désormais et s’étend même à de petits pays comme la Corée ou l’Iran, nous nous retrouvons dans la pire des configurations possibles ! Il n’y a plus de « téléphone rouge » comme jadis entre Washington et Moscou. La première cause envisageable de la disparition de l’humanité, c’est donc bien la guerre nucléaire. Même en n’utilisant que le quart des armes atomiques actuellement disponibles, on aboutirait à l’extinction totale !

    N. C. : C’est une peur qui date des années 50... À l’époque, on ne parlait pas d’écologie. Depuis, les messages des premiers visionnaires, comme René Dumont, ont été confirmés dans les faits. Gorbachev, dans Mon manifeste pour la terre, reprend ça en pire, car le spectacle russe est apocalyptique. Pourtant il a monté une ONG écologique, Croix Verte, pour tenter d’enrayer l’effrayant processus. Vous-même, vous dites que vous avez voulu y croire jusqu’à aujourd’hui...

    Y. P. : À la fondation Cousteau, nous avons bien connu les gens travaillant avec cette ONG...

    N. C. : Or la prise de conscience écologique est récente. Dans les années 60, les « progressistes » se moquaient des agriculteurs bio, qu’ils traitaient de « pétainistes » qui croient que « la terre ne ment pas ». Ils étaient complètement à côté de la plaque, ultra-favorables à l’agriculture intensive.

    Y. P. : C’était le progrès à la XIX° siècle. On croyait que la science nous sortirait de toutes les impasses. Alors, je ne suis pas complètement sûr que l’intelligence humaine ne puisse pas trouver des solutions pour échapper à la tragédie - même si je ne vois absolument pas lesquelles. Mais je n’y crois pas vraiment, parce que les problèmes que nous sommes en train d’affronter à présent sont mondiaux. On le sait désormais clairement : au niveau de vie occidental, la Terre est capable de nourrir, de donner à boire et de fournir de l’énergie et des métaux à un milliard de personnes. Pas plus. Or, nous sommes déjà plus de six fois plus ! Il y a donc deux possibilités : ou bien on partage, ou bien c’est la guerre. Partager, cela voudrait dire que, pour le milliard qui vit richement (même s’il y a des inégalités à l’intérieur même des pays riches), il faudrait baisser notre niveau de vie de six fois ! Je ne crois pas que l’on puisse raisonnablement envisager une telle perspective. Personne ne veut partager. On va donc forcément en arriver à des solutions violentes. À la guerre. Prenez la Chine : leur niveau de vie moyen actuel est de plusieurs fois inférieur à celui des Etats-Unis. À supposer qu’en Chine, la croissance économique (un mot que je ne supporte plus) se maintienne au niveau actuel (10% par an), le niveau de vie du Chinois moyen rattraperait celui de l’Américain moyen en 2030. Cela signifierait alors un milliard trois cent millions de voitures en plus, rien qu’en Chine (alors qu’il y en actuellement dans le monde huit cent millions de véhicules), et les Chinois consommeraient alors l’équivalent de toute la production agricole et énergétique mondiale actuelle. On voit bien à quelles absurdités mènent les solutions fondées sur la croissance.

    Les guerres à venir (atomiques, bactériologiques, chimiques) risquent d’être d’une intensité jamais vue. Sans parler des incidences de tout cela sur l’environnement et sur l’épuisement des sources énergétiques fossiles, avec empoisonnement des sols, déforestation, désertification, changements climatiques se soldant par des bouleversements bien pires que tout ce qu’on imagine à l’heure actuelle. On parle toujours de projections hautes et de projections basses, par exemple dans la montée des eaux et le déchaînement des tempêtes. Je suis persuadé que nous allons droit vers les projections les plus hautes ! Dans ce cadre apocalyptique, je vois encore moins comment les hommes partageraient les ressources restantes. Mon pessimisme est donc profond. La science permettra-t-elle, par une sorte de miracle génétique ou atomique, de nous arracher à ce cauchemar in extremis - par exemple en découvrant une source d’énergie abondante, non polluante et bon marché ? Voilà quarante ans qu’on nous annonce que la fusion nucléaire va jouer ce rôle. On ne voit rien venir. Et tout ce tissu de contradictions se resserre. C’est comme si l’humanité avait inventé toutes sortes de nœuds coulants et que ceux-ci étaient en train de se serrer autour de nous. On ne voit pas quel Zorro pourrait venir trancher ces nœuds-là !

    N. C. : Mais alors, sur le fond, vous pensez donc que l’humain n’est tout simplement pas viable ? Vous rappelez-vous cet auteur anglo-hongrois qui s’appelait Arthur Koestler ? Il pensait que l’humain avait un défaut de fabrication, un bug de base, parce que son néocortex s’était développé trop vite, sans assurer de passerelles suffisantes avec ses cerveaux plus primitifs (ceux justement qui gouvernent le sexe, le territoire et la hiérarchie). Mais d’autres gens, comme Teilhard de Chardin ou Peter Russell, parlent de l’émergence dans l’urgence. Selon eux, les grands sauts de l’évolution, qui demeurent mystérieux et inexpliqués par le darwinisme, ne se seraient produits que sous la pression d’une urgence terrible. On sait que le vivant est déjà passé par de grandes crises - par exemple celle d’il y a un milliard d’années, quand les bactéries, nos ancêtres, ont failli disparaître, tuées par leur déchet n°1, l’oxygène. Or, c’est de cette crise qu’est sorti un genre de vie radicalement nouveau, les cellules à noyau, qui consomment au contraire l’oxygène rejeté par les bactéries. La création ne se faisant que sous pression, ne serions-nous pas à la veille de ce type de mutation ? Après tout, la plupart des grandes inventions humaines ont d’abord été guerrières, même de la part d’un Archimède ou d’un Léonard de Vinci !

    Y. P. : On sait effectivement aujourd’hui, en particulier grâce au magistral Stephen Jay Gould, que les grandes phases de l’évolution ne se sont pas faites comme l’imaginait Darwin, par une très lente transformation progressive, mais plutôt par le fait de certains petits groupes, isolés par le hasard des choses, qui mutent pendant des crises extrêmement violentes. Cela fut en effet le cas quand sont apparues les cyanobactéries, ces algues bleues primitives, qui ont inventé la photosynthèse et repoussé vers des endroits perdus et cachés les bactéries anaérobiques, qui vivaient depuis trois milliards d’années du gaz carbonique de la planète et avaient rejeté l’oxygène comme un déchet, changeant totalement la donne planétaire. C’est par cette révolution qu’a commencé ce qu’on appelle l’ère primaire. Nous vivons incontestablement les prémisses d’une révolution de cet ordre. Le problème, c’est que, pour nous, le temps est astronomiquement court ! Le passage des procaryotes aux eucaryotes s’est étalé sur des centaines de millions d’années. Nous, nous devrions faire face à un défi comparable en un siècle !

    De la crise sortiront évidemment des solutions, d’abord sous la pression économique. On ne voit pas, par exemple, comment l’industrie automobile pourrait se prolonger. Le pétrole se raréfiant et devenant de plus en plus cher, quels que soient les carburants alternatifs géniaux que l’on pourrait découvrir, je ne vois pas comment la planète pourrait faire face au déferlement des besoins humains tels qu’ils sont définis par cette idéologie qu’est la croissance, du toujours plus, du encore encore encore, de l’invasion de la technologie et de la marchandise dans les derniers recoins sauvages de la planète. Le moindre petit coin où vous trouvez encore un peu de mer propre, quelques coraux, une forêt tropicale, voit immédiatement débarquer les prospecteurs de pétrole, de bois, de poissons, sans parler des touristes, qui se ruent actuellement sur les derniers bouts de nature intacte, une foule de gens aux intérêts divergents et parfois opposés. Je ne vois pas comment la planète pourrait y résister. La solution théorique serait de répéter ce que les Européens ont fait quand ils sont partis vers l’Amérique, à la Renaissance. Mais je ne sais pas s’il serait possible de financer une immigration vers d’autres planètes.

    N. C. : N’y aurait-il pas pourtant l’équivalent d’un germe de Renaissance ? Une enquête menée aux États-Unis dans les années 90 montrait que 25% des Américains avaient muté sur quatre critères : féminisme, écologie, solidarité et introspection. Des expériences comme le microcrédit de la Grameen Bank de Mohamed Yunus reposent sur la fiabilité des femmes des villages du Bengal Desh... L’Homo demens, le « salopard » dont vous dites qu’il faut l’entendre au sens sartrien, n’est-ce pas seulement un mâle ? Les femmes ne sont-elles pas différentes ?

    Y. P. : Il est possible que les systèmes de valeur soient légèrement décalés chez les femmes. Elles roulent moins des mécaniques. Leur façon d’exercer le pouvoir est moins démonstrative et moins violente. Il est clair qu’elles sont plus douces et font plus de place à la négociation et aux arrangements. Mais je ne me fais donc pas trop d’illusion tout de même de ce côté-là... J’y avais beaucoup réfléchi après 68. Il y avait à l’époque toutes sortes de groupes, maoïstes, trotskistes, anarchistes... et partout, malgré l’esprit supposé libertaire, dès que des chefs étaient nommés, les pulsions animales - sexe, territoire, hiérarchie - refaisaient immédiatement surface, avec des bagarres pour le commandement, en parfaite contradiction avec les grands idéaux égalitaires et humanitaires proclamés avec ostentation par ailleurs. Mais quand j’allais voir ce qui se passait dans les réunions féministes, c’était exactement la même chose, malgré le fait que les militantes ont moins de testostérone que les militants ! Elles fonctionnaient comme les hommes. C’est d’ailleurs la même chose chez les grands singes. Chez les bonobos ou les chimpanzés, il règne une hiérarchie implacable entre les femelles comme entre les mâles et la bagarre pour le poste de chef est aussi virulente que chez les mâles.

    Selon moi, pour avoir une civilisation plus calme, plus pacifique, il n’y a que la décroissance qui puisse être efficace. L’inverse exact de la sacro-sainte croissance que nous portons gravée dans nos croyances et qui nous mène, à brève échéance, à la catastrophe. Il faut réfléchir sérieusement au partage et à la décroissance. La difficulté, c’est que pour arriver à une décroissance, il faut le faire dans l’esprit. Faire décroître notre sentiment de besoin. L’inverse exact de ce que nous faisons aujourd’hui, où nous voulons toujours plus. Prenez même l’univers d’internet, où règne parfois une mentalité de partage et d’échange, eh bien, nous voulons que ça aille toujours plus vite, avec toujours de plus gros débits. Nous sommes encore loin d’avoir en tête l’idée que l’on peut être plus heureux en possédant moins ! C’est pourtant une évidence. Mais nous n’y croyons pas. Pour une raison notamment, c’est que nous procédons par comparaison : nous voulons ce qu’a l’autre. Si nos intelligences et nos technologies étaient mises au service de productions beaucoup moins gourmandes en énergie, en matières premières, etc., je me demande si...

    Les papous, aujourd’hui, sont transformés à toute vitesse en prolétaires vêtus des caricatures de la société de consommation - costumes des équipes sportives occidentales !

    L’explosion démographique humaine n’a pu avoir lieu que parce qu’on a réussi à maîtriser l’énergie - d’abord animale et végétale, puis d’origine fossile, charbon, pétrole... Mais s’il n’y a plus d’énergie et si cette énergie coûte plus cher, l’agriculture intensive par exemple, deviendra impossible. Mais je ne sais pas comment on réussira à mener plusieurs révolutions culturelles simultanées - féminine, agricole, anticonsummériste... Ouh là là, ça fait beaucoup de choses !

    N. C. : Le bien finit par devenir synonyme de « vivrier » et le mal de « exportation ». Sans être anti-mondialiste (la mondialisation a des aspects formidables), il y a quelque chose d’abominable dans le fait de transformer les terres du monde en plantations destinées à l’étranger. Les Papous que vous décrivez ne mangent plus de poissons, mais massacrent des tas de requins, juste pour vendre leurs ailerons aux Chinois...

    Y. P. : On les a intégrés au circuit général du commerce général... Enfant, je rêvais des Jivaros dans la forêt vierge. Quand je les ai vraiment vus, ils étaient en loques, ou en shorts adidas, virés de leurs territoires et regroupés dans des villages de barraquements, où ils crevaient de paludisme, parce que des compagnies étrangères avaient trouvé chez eux du pétrole ! La vie primitive, que j’ai partagée avec ces gens pendant mes voyages, je l’ai vue partir en fumée ! Avec Cousteau, nous avons pu assister à l’agonie de beaucoup de cultures primitives - nous vivions ce tournant historique. De même, dans mon hameau natal des Alpes, j’ai connu l’agriculture du XIX° siècle, avec le mulet, les vaches traites à la main - et trente à quarante familles vivaient sur des lopins minuscules, ce qui leur interdisait un accroissement démographique important. Il y avait équilibre entre capacités naturelles et besoins. Aujourd’hui, ces cadres ont explosé... et le retour en arrière est impossible.

    N. C. : N’y a-t-il pas des tabous qui vont devoir sauter, comme par exemple la conviction que la nourriture doit être bon marché ? Quand les aliments deviennent édulcorés, dévitalisés, voire empoisonnés, ne faudrait-il pas renverser cette certitude ? Le blé pas cher pour que le peuple puisse manger, on comprend. La bouffe pas chère, pour faire tourner les usines à poulet, on se révolte... Mais le dire relève du tabou !

    Y. P. : Cela fait précisément partie des arguments que je défends. Et de nouveau, la bouffe pas chère, ça ne marche que s’il y a du pétrole, indispensable pour les fertilisants, les insecticides, les machines agricoles, les installations d’irrigation - le problème de l’eau va d’ailleurs devenir crucial. Autrement dit, la crise du pétrole ne remettra pas seulement en cause les automobiles, mais aussi toute l’agriculture et aussi la pêche : les océans sont actuellement pillés et les poissons vendus pour rien pour la simple raison que de gros bateaux peuvent aller très loin avec des carburants peu chers. Mais le vent tourne. Certains pêcheurs ne peuvent plus partir en mer. Certains paysans mettent leurs champs en friche, parce que le fuel et les engrais sont de plus en plus chers. Certains recommencent donc à se dire que le blé ou la pomme-de-terre devraient être revalorisés.

    N. C. : Les fruits de la terre redeviennent précieux !

    Y. P. : Oui, qu’on le veuille ou non. Parce que je ne vois pas comment, avec la demande croissante de pétrole, avec les nouveaux pays émergeants et vu qu’on a déjà épuisé la moitié du pétrole disponible, la moitié la plus facile à pomper, on va bientôt atteindre le pic au-delà duquel le baril de pétrole coûtera plus de cinq cent dollars - dans dix à quinze ans. Des pans entiers de nos économies se retrouveront alors dans d’énormes zones de turbulence.

    N. C. : Mais vous nous décrivez donc un énorme mécanisme d’autorégulation !

    Y. P. : Il y a de toute évidence des circuits d’autorégulation, notamment par le pétrole et l’eau, qui interdiront cette agriculture folle. Mais je crains que ces régulations ne soient extrêmement brutales et que la nécessité dans laquelle les gens vont se retrouver, ne mène à la guerre. Et là, c’est l’existence, bien réelle, d’armes à destruction massive - aux USA par exemple, et non en Irak ! - qui risquent de faire que l’humanité s’entretue avec une intensité encore jamais connue.

    N. C. : Le mal est en nous-même, surtout en nous, modernes individualistes. Du temps des société autoritaires, tribales, coercitives, ces questions ne se posaient pas. Aujourd’hui, on ne peut pas faire marche arrière...

    Y. P. : Le problème philosophique que l’humanité n’a jamais résolu, c’est l’aveuglement qui nous fait croire que le bonheur est dans le toujours plus. Certains l’ont bien dit - St François d’Assise par exemple. Mais nous basons notre bonheur sur la comparaison et ne sommes heureux que si nous avons plus que nos voisins, sur tous les plans.

    N. C. : C’est le « désir mimétique » selon René Girard.

    Y. P. : C’est peut-être cela, le mal consubstantiel de l’humanité. Cela rend le bonheur à jamais impossible. Nous sommes condamnés à être éternellement frustrés. Si seulement nous pouvions comprendre où est notre véritable bonheur.

    N. C. : Cela ne rend-il pas compréhensible le message des grandes sagesses traditionnelles, par exemple de la Bible ? Cette dernière ne parle-t-elle pas des « douze fléaux » qui frappèrent la puissante Égypte, en des termes qui pourraient quasiment s’appliquer au monde actuel ?

    Y. P. : Beaucoup de mythes ont promis la malédiction aux hommes qui dénaturaient la terre. Les Grecs étaient ainsi condamnés à mourir de faim pour avoir coupé leurs arbres sacrés. On a l’impression que nous nous condamnons de la même façon. Et comme nous sommes des êtres d’imagination, le délire s’empare de nous et peu de personnes sont capables de réfléchir aux choses de façon à la fois scientifique et philosophique. Les gens sont saisis de fantasmes, dont on a une illustration permanente avec les délires qu’on entend à propos des épidémies ou épizooties. Dans le traitement quotidien de l’information, nous sommes en plein pataquès !

    N. C. : Les journalistes sont en quête de parts de marché de plus en plus grosses, eux aussi, quitte à semer la panique.

    Y. P. : Oui, exactement. Si une chaîne filme un chat qui a attrapé la grippe aviaire, la chaîne d’à côté doit absolument en trouver deux le lendemain ! On aboutit à des délires sans rapport avec la réalité de la menace. Non pas qu’il ne faille pas traiter le problème, mais pas au point de dire n’importe quoi, comme on le fait actuellement. On va bientôt tirer les oiseaux migrateurs au bazooka pour rassurer l’opinion, soit disant par principe de précaution...

    N. C. : Techniquement, on pourrait pourtant réhabiliter pas mal de choses dans la nature, non ? On ne pourra pas faire renaître les baleines quand on les aura toutes tuées, mais régénérer une rivière ou un paysage, c’est possible...

    Y. P. : C’est ce que j’ai expérimenté pendant longtemps. La nature est en effet costaud. La nature a fait la vie, qui est tout à fait capable de repartir sans nous. Dans mon bouquin, je dis que même si l’homme anéantissait les grandes espèces évoluées, la vie redémarrerait d’une façon ou d’une autre. Les religions disent que Dieu a fait la Terre pour l’homme, mais je rappelle que la Terre a vécu pendant quatre milliards d’années sans nous, qui ne sommes là que depuis un ou deux millions d’années ! Repartant de ses bases les plus simples la Terre peut se passer de nous, et peut-être même réinventer l’intelligence, sous d’autres formes que la nôtre. Après tout d’autres animaux sont très intelligents !

    N. C. : À ce propos, ne pensez-vous pas que la conscience réfléchie - que nous appelons humaine - est un état automatique de la matière, une fois parvenue à un certain degré de sophistication ? Cette conscience existe d’ailleurs certainement ailleurs dans l’univers... même si nous n’avons pas les capacités de la contacter, du fait de la taille gigantesque de l’espace-temps.

    Y. P. : Les scientifiques ont radicalement changé leur point de vue là-dessus, ces vingt-cinq dernières années. À l’époque, nombreux étaient ceux qui pensaient que la vie était beaucoup trop aléatoire et compliquée pour pouvoir exister ailleurs que chez nous. La Terre est une planète tellement unique... Alors qu’aujourd’hui, sachant le nombre de planètes que l’on découvre tous les jours et connaissant mieux les lois de l’organisation de la matière, la plupart des chercheurs se disent que la conscience doit exister ailleurs aussi, sous des formes certainement très différentes, mais au moins aussi avancées que nous, sur d’autres planètes. Certes, contacter même les plus proches, à quelques années lumière de nous, pose des problèmes de communication tels que l’on n’arrivera pas facilement à mettre en évidence leur existence. Si nos techniques nous permettaient de recevoir un message, il correspondrait sans doute à une émission très ancienne et le temps que nous répondions, les expéditeurs auraient certainement disparu !

    Bises

    http://yog.lavie.over-blog.com/
    4
    Yog
    Mercredi 21 Janvier 2009 à 22:08
    Pour plus de confort de lecture aller sur ce site:

    http://www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=795
    5
    Farfadet Patrice
    Mercredi 21 Janvier 2009 à 23:10
    Merci Marie-Claude de faire figurer ici le discours d'investiture de M..le Président Obama .
    Nous avons suivi toute la cérémonie à la télé ... C'était à la fois géant et d'une belle simplicité .
    Les États-Unis d'Amérique ont fort bien choisi leur 44ième Président ... Puisse cet homme encore jeune conduire les affaires de son pays et celles qui lui accordent d'intervenir là où il devra dans le monde, de la façon dont il l'a si bien fait ressentir dans son discours tourné vers un Monde en reNouveau.
    Amitiés des farfadets
    6
    Enzo
    Jeudi 22 Janvier 2009 à 09:46
    J'attends de voir la tête que vous allez faire quand, sur ordre de ceux qui le tiennent et le payent, il va attaquer l'Iran..
    7
    Jeudi 22 Janvier 2009 à 14:40
    Nous étions comme ta famille Patrice, sctchés à la télévision, regardant la foule pour la cause réunie, et quand ses mots ont couverts l'espace, nous sentions en nous se couler l'espoir des jours à venir ...
    amitié .
    8
    Jeudi 22 Janvier 2009 à 15:01
    Merci Yog, j'ai suivi ce dialogue avec intérêt, prouvant combien les problèmes sont connus, reste à trouver les solutions acceptables par tous .
    Je l'avais écrit précédemment, nous sommes trop nombreux sur terre à prétendre, à vouloir l'égalité entre les hommes, la terre est trop petite pour cela ... je m'interdis de tuer qui que ce soit, je veux pour tous un possible égal au mien, paradoxe !
    faut-il restreindre la science, la science nous sauvera t-elle ?
    faut-il priver les hommes de leur liberté individuelle pour les rentrer dans le rang moralisant des diktats de tous genres ?
    j'espère en l'homme, en sa raison ...
    amitié .
    9
    Enzo
    Jeudi 22 Janvier 2009 à 19:31
    L'homme a besoin despoir. Pou vous, Obama vous ml'a rendu. Pour moi, l'espoir est arrivé ce soir par le geste incroyable de Benoît XVI : levée des excommunication sans conditions ! 20 ans de prières exausées. Inutile de vous dire que la joie règne à la maison. Fini le mépris, les persécutions et les discriminations. Une aube nouvelle se lêve pour nous ! Je suis joie !
    10
    Last Irokoi
    Vendredi 23 Janvier 2009 à 21:54
    Oui, ce fut un moment vraiment intense que cette prestation de serment...

    Mais en le regardant, je n'ai pas pu m'empecher de penser qu'il y a tant d'Espoir sur les épaules d'un seul homme...

    Je ne suis pas certain de vouloir être à sa place car même si il y a une équipe autour de lui, en fin de compte c'est lui "l'icone" et c'est lui qui décide en dernier ressort ... et il n'a pas le droit à l'erreur...

    Bon courage à lui

    et

    bon week end à tous

    L.Irokoi
    11
    Brigitte
    Vendredi 23 Janvier 2009 à 22:36
    J'en pleurerais presque tellement c'est beau

    http://saveur-tendresse.over-blog.org/
    12
    Samedi 24 Janvier 2009 à 00:11
    si je ne m'étais pas déjà fait débaptiser, Enzo, à coup sûr, je le ferais maintenant !
    13
    Samedi 24 Janvier 2009 à 00:17
    Je pense comme toi Last Irokoi, Il endosse tout y compris l'exposition de sa propre vie ... Au fond de nous nous craignons le fanatisme sous-jacent qui pourrait ... Mais le plus fort de ses idées, est passé et quoi qu'il advienne (j'espère le meilleur) il restera inscrit au livre d'or de l'avenir !
    Amitié .
    14
    Samedi 24 Janvier 2009 à 00:19
    j'ai eu les larmes aux yeux Brigitte ... Un moment très fort de ma vie !
    amitié .
    15
    ANCOLIE
    Samedi 24 Janvier 2009 à 13:58
    Je suis heureuse de ta réaction aux propos négationnistes qui se cachent derriere un masque de "religiosité" .
    16
    Enzo
    Samedi 24 Janvier 2009 à 16:40
    "La vértié rend libre" (Saint Jean, chapitre 8, verset 32)
    17
    ANCOLIE
    Samedi 24 Janvier 2009 à 19:18
    Merci de le dire ! .... J'ai dit la vérité , et je me sens libre ....
    18
    Enzo
    Mardi 27 Janvier 2009 à 09:19
    Vous avez dit VOTRE vérité, qui ne vaut ni plus ni moins que la vérité de Paul, Pierre, Jacques ou Marguerite...
    19
    Mardi 27 Janvier 2009 à 10:51
    il y a autant de vérités qu'il y a d'humains ...Enzo .
    20
    Enzo
    Mardi 27 Janvier 2009 à 11:26
    Entièrement d'accord....
    21
    kelidoma
    Mercredi 28 Janvier 2009 à 15:22
    Quand je pebse que Ségolène ROYAL a osé (avec humoure ? Peut-être ?) dire qu'elle avait inspiré B.OBAMA !.... Je n'ai jamais entendu, ni lu un tel discours dans la bouche de nos politiciens !
    22
    Mercredi 28 Janvier 2009 à 16:51
    Moi, non plus Kélidoma ... je n'ai jamais entendu pareil discours chez nos politiques qui aujourd'hui le revendique !
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